Et si nous marchions plus conscients ?

Chères lectrices, chers lecteurs,

Ça y est, je reprends l’écriture en cette nouvelle année, après un passage de fêtes marqué par un besoin de coupure et de repos qui s’est étalé sur tout le mois de janvier, et je suis de nouveau en vacances ! Comment se sont passées VOS fêtes de fin d’année et ce début de nouvelle année ? Quel regard avez-vous porté sur ces moments ? Un regard positif j’espère. Avez-vous pris le temps d’intégrer chaque instant ? Les  illuminations, les marchés de Noël, les cadeaux, les yeux émerveillés des enfants, l’odeur de sapin de Noël, le goût de la dinde aux marrons, les musiques et les chants, le verre de vin chaud, les vœux des uns et des autres ou un simple carré de chocolat (si vous avez lu mon dernier article) étaient autant de moments à apprécier pleinement. Comme chaque pas d’une simple marche de tous les jours, ou chaque “stop”. Et si nous étions plus conscients ? Cette question fait écho au titre de l’article : et si nous marchions plus conscients ? Si vous voulez bien marcher avec moi sur le chemin de la conscience, je vous invite à me suivre dans la suite de ce nouvel article. En lisant, n’oubliez pas de rester à l’écoute de vous-même, à profiter des ponctuations pour intégrer vos sensations, émotions, réactions de chaque instant.

 

Si la marche est en effet au cœur de la vie de tous les jours, elle est aussi au cœur de la sophrologie. Réaction ? Vous vous dites, peut-être, que la sophrologie se pratique assis, les yeux fermés, dans l’immobilité ? C’est vrai, mais pas totalement.

Si vous connaissez en effet la sophrologie comme un ensemble de techniques et pratiques assises où il faut rester immobile, j’imagine votre interrogation sur ma phrase “la marche est au cœur de la sophrologie” ! Non ? Il se peut aussi que ce soit a priori de ma part… auquel cas les paragraphes qui suivent seront simplement un rappel, avant de passer à un exercice que je vous suggérerai de pratiquer dans votre marche quotidienne !

Au delà des pratiques assises et immobiles, donc, vous avez vu dans la rubrique “les techniques” que la sophrologie comporte aussi un ensemble de techniques très puissantes appelées Relaxations Dynamiques (RD). Ces dernières, au nombre de 12, sont ordonnées en degrés. Pour schématiser, c’est un peu comme des “ceintures” au judo. Ils représentent une progression sur votre chemin personnel et chaque degré supplémentaire vous permet ainsi d’aller un peu plus en profondeur de votre connaissance de vous-même. Ainsi, vous commencez par le premier degré, pour avancer sur le degré 2, 3, 4… jusqu’à 12 si vous allez au bout des différentes relaxations dynamiques que la sophrologie peut proposer. Dans les faits, les trois premières donnent déjà un champ d’exploration énorme… et les deux années de formation au métier de sophrologue praticien ne permettent de “voir” que les degrés 1 à 4. Donc je ne vous parlerai pas des degrés 5 à 12 que je n’ai pas vécus à titre personnel. Pour cela je vous renverrai vers des sophrologues ayant suivi la troisième année de formation, que l’on appelle le niveau “master en sophrologie existentielle” 🙂

Toujours pour faire simple, chaque degré demande un temps de pratique et d’intégration importants afin de vraiment sentir, vivre, ressentir les enseignements. Il n’y a pas de réussite ou de maîtrise à obtenir : chacun vit son expérience, changeante d’instant en instant, de séance en séance (mettez donc votre ego de côté, pratiquez sans attente d’objectifs ou de résultats – ils viendront d’eux mêmes, du moment que vous pratiquez) . Il n’y a d’ailleurs pas de fin à la progression sur le chemin de la connaissance de soi et de ses capacités / ressources étant donné que tout change à chaque instant (facile de dire dans ces conditions que “le changement, c’est maintenant” puisque c’est tout le temps).

Réaliser une relaxation dynamique qui adresse tout le corps (les fameux “5 systèmes”) nécessite au moins une heure de temps calme, même si le sophrologue peut la découper en fonction de son intention et de votre besoin de l’instant.

La sophrologie tirant sa force dans la répétition des exercices, il faut multiplier ce temps par … cela dépend de vous … pour en tirer des bénéfices ! Vous n’avez pas le temps ? Tout est question de priorité : votre bien-être ou top-chef (je caricature ! Les deux ne sont pas incompatibles).

Personnellement, je tire beaucoup de bienfaits des relaxations dynamiques complètes, j’ai plus de difficultés avec les relaxations dynamiques “coupées” qui me laissent un sentiment de manque ou d’avoir “sauté des étapes”. Peut-être une déformation professionnelle car je connais avant tout les RD complètes et sais combien elles “m’apportent”. A vous de vous faire une idée avec votre sophrologue !

Pour continuer sur les relaxations dynamiques et surtout la marche, qui est le thème de l’article, voici en quelques mots et tel que je le ressens comment elle intervient dans les degrés 1 à 4, en état de conscience modifié, comme pour toute pratique sophrologique :

  • Dans le premier degré : elle est vécue comme une découverte au niveau du “5ème système” (pour rappel, c’est la partie du corps du bassin jusqu’aux pieds selon le découpage de la méthode). Il est proposé de marcher sur place, de sentir ce qui bouge, les tensions qui se mettent en place, les tensions qui se libèrent, ce qui ne bouge pas, ce que vous ressentez, votre peau qui s’adapte au mouvement de vos jambes, votre peau en contact avec vos vêtements ou avec le sol, votre équilibre et votre verticalité… Ce ressenti peut aller très profondément avec la pratique. Personnellement, c’est un moment que j’adore, toujours riche de découverte et qui me fait beaucoup de bien.
  • Dans le deuxième degré : la marche est “contemplative”. Dans une visualisation d’une situation future très positive, vous vous contemplez en train de marcher ou d’utiliser votre 5ème système. Vous contemplez vos jambes qui vous portent dans la vie et dans vos projets, vous apprenez plus globalement à vivre le regard des autres et à accueillir la façon dont on vous voit, positivement. Pour ceux/celles qui ne s’aiment pas, c’est un moyen d’apprendre à s’aimer 🙂
  • Dans le troisième degré : cette pratique fait intervenir la “marche phronique” qui est un grand mot pour parler d’une marche de quelques pas, les yeux fermés à l’écoute de vous même, des sensations, du processus de la marche, de l’équilibre bouleversé à chaque pas mais qui se réinstalle, un peu comme si vous marchiez pour la première fois. Vous êtes ensuite invité(e) à vivre la sensation de votre peau, de vos muscles et de vos os dans une visualisation passée, dans l’instant présent puis dans une projection future. Un beau moment de ressenti.
  • Dans le quatrième degré : la marche devient une marche consciente, yeux ouverts, un temps de découverte de ce qui vous entoure, en pleine conscience de vos cinq sens. Comme si vous marchiez à la découverte du monde pour la première fois ! Un moment magique si vous ne l’avez jamais expérimenté et si vous avez le temps. Ce temps de marche consciente est vécu totalement différemment du temps de marche classique. Pour ma part, j’ai l’impression que tout est au ralenti, d’être dans un décors de cinéma avec des personnages actionnés autour de moi… Ce sont plein de détails qui apparaissent, que l’on ne voit pas habituellement. Une belle leçon pour redécouvrir la richesse de ce qui nous entoure (dans la nature ou même en pleine ville, à la maison ou au travail…).

Voilà pour le lien entre la marche et la pratique de la sophrologie. Ces descriptions succinctes peuvent intriguer votre regard neuf si vous n’avez jamais pratiqué la sophrologie, et paraître quelque peu inhabituel (ésotérique ?). Si ce caractère ésotérique (c’est pas faux) est une faiblesse à mon sens de la sophrologie, c’est aussi une force lorsqu’on développe LE “nouveau regard” : en lâchant prise sur vos a priori, en essayant de vivre sans jugement ce que le sophrologue vous propose de vivre, au travers de son “discours de séance”, appelé dans le jargon du sophrologue le “terpnos logos”.

J’ouvre une parenthèse sur mon vécu personnel : quand bien même je m’intéressais de longue date à la sophrologie, combien de fois je me suis dit en formation : “mais où est-ce que je suis tombé ?”, en écho au jargon de la discipline ! Finalement, je m’aperçois que ce jargon peut faire aussi partie de la méthode en ce sens ou il apprend à mettre de côté nos jugements et “a priori” sur ces mots bizarres (“moment de vivance phronique”,”sentiment de bonheur vital”,”viphi”,”sophronisation”, “manence et rétromanence”, “sophro déplacement du négatif”…). Si votre sophrologue utilise des mots qui vous mettent mal à l’aise, essayez d’accueillir ce “mal à l’aise” : la sensation associée, son origine, les idées associées… Finalement ce mal à l’aise, est-il justifié et n’est-il pas un moyen de prendre conscience de votre attachement au domaine du “connu” ? Une fois l’a priori identifié, tout devient beaucoup plus simple et la pratique s’ouvre sur des ressentis plus ouverts ! Parole d’ancien débutant 🙂

En tant que sophrologue, je préfère toutefois revenir à des mots simples qui n’induisent pas de réactions de défense, j’évite de parler de systèmes, de sophro-ci, de sophro-ça pour garder le jargon uniquement pour les échanges avec d’autres sophrologues ! Pour citer une nouvelle fois “Kaamelott”, une de mes références, j’imagine le nombre de “c’est pas faux” que j’obtiendrais avec un Perceval comme client. Cela m’amène à reformuler le jargon, à utiliser “chevalierisation” plutôt qu’adoubement, du moment que cela parle plus facilement à la personne qui m’écoute !

Blague mise à part, revenons à la marche, avec un bref retour en enfance et à son apprentissage.

Difficile de se souvenir de ses premiers pas, non ? Ou alors vous avez une très très très bonne mémoire, ce qui n’est pas mon cas (enfin pas suffisamment pour revenir à mes premiers pas, même avec un travail sophrologique sur la mémoire !).

On se souvient donc plus facilement des premiers pas de ses enfants que des nôtres, pour les heureux parents (prochain sujet d’article ?) ! Et même ces premiers pas, plus récents, finissent pas s’estomper et disparaître dans une vague image de souvenir, souvent au travers d’une photo qui devient le souvenir lui même… Les a-t-on suffisamment vécus et intégrés ? Et si nous étions plus conscients ?

Le bébé qui apprend à marcher est à l’écoute de lui même, de ses sensations, de son équilibre, de ses points d’appui. Il n’a pas le choix, il apprend, il est concentré. Puis, peu à peu il prend de l’assurance et se fait confiance. Il crée une habitude, des mouvements conditionnés et déplace son attention sur d’autres centres d’intérêt qu’il maîtrise moins. En tant que parent, on redécouvre ce moment important et magique avec ses enfants et il est assez facile de passer à côté, de ne pas intégrer tout le positif de ce moment. Alors pensez-y si vous avez des tout petits !

A l’âge adulte, il y a peu de situation où nous faisons attention à notre marche sauf peut-être dans des cas biens précis :

  • le sportif qui cherche à optimiser son geste ;
  • le blessé qui a mal et doit adapter sa démarche ;
  • la personne qui cherche à faire passer un message, à séduire ;
  • lorsque le sol est verglacé ou accidenté ;

C’est dommage, car la marche faisant partie de tous les jours, c’est autant de moments à vivre consciemment plutôt qu’à les passer à ressasser le passé (“si j’avais su, j’aurais fait différemment”) ou à anticiper le futur (“zut, je vais arriver en retard et mon chef ne va pas être content”). Avantage pratique, cela permet d’éviter certains cadeaux canins de propriétaires pas suffisamment conscients de leur devoir de ramasser ! Ok, ça permet de se dire que cela porte bonheur, quand c’est le pied gauche uniquement, mais quand même !!! Soyons plus conscients de notre marche, continuons la lecture.

Si on réfléchit, on est presque plus facilement conscient de la démarche d’autres personnes, lorsqu’elle nous “choque” ou nous fait réagir parce que différente de la moyenne des démarches, ou de ce que l’on pense être la nôtre, non ? Ce que l’on pense être la nôtre, car après tout, on se voit rarement marcher, sauf si on s’amuse à se filmer…

Cela me fait souvent sourire, mais combien de personnes marchent le matin avec les écouteurs sur les oreilles, les yeux rivés sur leur smartphone (lisez ou relisez mon article “Sophrologie et smartphone, exercices de rentrée“), la cigarette à la bouche, avec certainement des idées bouillonnantes en tête (par exemple des jugements sur la tenue vestimentaire ou la démarche des gens alentour, des projections sur le déroulement de la journée, des réflexions sur l’actualité…) ! Quelle place à la conscience de soi dans ce moment là, privé(e) de la vue (smartphone), de l’odorat et du goût (cigarette), de l’ouïe (écouteurs) et certainement du toucher qui s’efface généralement en premier face aux autres sens ?

Si vous souriez en lisant les lignes précédentes, vous vous êtes certainement reconnu(e) en partie dans cette description, la plupart du temps ou a minima quelques fois.

Par ailleurs, êtes-vous conscients que votre façon de marcher influence votre façon d’être, votre humeur et inversement ? Je me souviens à ce propos d’un exercice ludique réalisé en formation de sophrologue, en groupe, où nous étions invités à marcher de différentes manières (tête baissée et épaules rentrées, puis démarche de macho, puis en sautillant, puis à la Charlie Chaplin,  puis avec le dos bien droit et le sourire…) et à percevoir les impacts de ces postures de marche sur notre humeur. Faites l’exercice en allant au travail le matin et observez, notez, ne vous censurez pas face au regard des autres et vivez votre expérience de la marche et de son impact sur votre humeur ! Racontez moi en commentaires 😉

Pour terminer cet article, je vous invite à faire l’expérience très simple de marcher consciemment, par exemple sur votre trajet domicile – travail. Le trajet domicile travail me semble idéal car c’est souvent un temps “inutilisé”, limité dans le temps et qui se répète (la sophrologie trouve sa force dans la répétition). Bien souvent c’est un trajet pollué par tout un tas de pensées parasites en prévision de la journée à venir ou en ressassement de la journée passée ou du weekend que l’on a quitté à contre cœur… Alors autant s’en servir !

Pour ce faire, quelques règles :

  • Créer les conditions adéquates, en coupant votre téléphone car il s’agit de ne pas être dérangé, d’être présent(e) à vous-même (ce qui ne vous empêche pas d’utiliser votre smartphone comme suggéré dans l’article dédié, à d’autres moments) ;
  • Prévoyez de partir en avance, pour éviter un retard qui créerait plus facilement un état de stress et vous détournerait du calme nécessaire (au début) ;
  • Une fois en marchant, prenez conscience de vos points d’appui, de votre équilibre sans cesse modifié, qui se réinstalle à chaque nouveau pas ;
  • Prenez conscience de votre ancrage permanent, de vos muscles qui s’actionnent jusqu’à aller peut-être à la conscience de la commande cérébrale qui en est à l’origine : d’où est-ce que cette commande part et comment la ressentez-vous ?
  • Ouvrez vos sens, en particulier celui toucher, sentez votre corps en mouvement, vos vêtements, vos chaussures qui le touchent, sentez votre peau qui s’adapte à ce mouvement ;
  • Soyez à l’écoute de votre respiration, cela vous permettra de calmer les idées bouillonnantes qui de toutes les façons se manifesteront : laissez les passer sans vous y accrocher (on ne fait pas le vide, on laisse juste passer !).

Que constatez-vous en essayant ? Que notez vous dans votre feuille d’aventure (voir l’article “Quelques astuces pour bien commencer la sophrologie” pour la référence) ?

Enfin, à la façon d’une séance de sophrologie, pour ajouter des moments de “pause d’intégration” que je renommerai ici “pause d’observation”, arrêtez-vous au bonhomme rouge quand vous traversez la route et observez (pensées, idées, sensations corporelles, émotions, respiration…) !

C’est un exercice très intéressant et toujours riche d’enseignements sur notre façon de réagir.

  • Quand vous-vous arrêtez au “bonhomme rouge” et qu’aucune voiture n’est en vue, comment vous sentez-vous ? Comment est-ce que cela se manifeste ?
  • Et si une personne traverse au rouge à ce moment là, où VOUS attendez ? Un jugement ? Une réaction ? Un amusement ? Une sensation d’être vu “différemment” ? Beaucoup de réponses possibles !
  • Et si cette personne qui traverse vous connaît et vous dit “pourquoi tu attends ? Il n’y a personne ?”, quelle réaction ?
  • Et si des parents de l’autre côté de la route traversent au rouge avec leur enfant alors que vous attendez, une autre réaction intérieure peut-être (de type “ils ne respectent pas le code de la route” – imaginez-vous quand VOUS ne respectez pas, ce n’est plus tout à fait le même regard…) ?

J’aime faire ces pauses “feu rouge” le matin après avoir accompagné ma fille à l’école. Toujours intéressant, c’est pourquoi je vous le suggère vivement comme exercice d’observation, comme exercice de pleine conscience. Comme en sophrologie, mettez des temps de pause dans votre marche ou dans vos activités de tous les jours, pour les rendre plus conscientes et être plus facilement à l’écoute de vous-même et de vos sensations/dialogues intérieurs ! Vous avez tout à y gagner. Et depuis que je pratique ces pauses régulièrement, mon regard est tout autre, mes réactions ont changé, je m’amuse alors qu’au début c’était “inhabituel” voir parfois “stressant”. Et si cet exercice s’appliquait à toutes vos activités ? A méditer : la répétition, la pratique, c’est la clé 🙂 Pour ceux/celles qui font du yoga, c’est pareil et vous connaissez peut-être ce slogan : “Practice and everything is coming”, en français “Pratiquez et tout arrive”.

A vous de jouer maintenant. Marchez bien et prenez soin de vous.

Au plaisir de lire vos expériences en commentaires, vous avez un bonhomme vert qui vous y invite 🙂

 

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